lundi 2 février 2015

1863, Berlioz à Strasbourg (3)

Discours de Berlioz 




Le samedi 20 juin, deux jours avant le concert, Berlioz est convié par un groupe de sociétés chorales allemandes à une célébration à Kehl, sur la rive allemande du Rhin en face de Strasbourg. Pour s’y rendre il traverse le pont du Rhin nouvellement construit en 1861. Berlioz donne un bref récit de la cérémonie dans une lettre à son beau-frère Camille :

« Les allemands avaient voulu me fêter avant les français et quand on a su que j’étais à Strasbourg les sociétés de Carlsruhe, Bade, Manheim, Heidelberg etc, réunies à Kehl m’ont invité à venir les entendre et m’ont reçu au pont du Rhin avec des Hourras, coups de canon, musique militaire, etc. On m’a conduit à l’Église où un chœur de bienvenue a été chanté, force hourras et vivats y ont été lancés, des discours prononcés. Puis on m’a ramené dans le même ordre à la rive française. »

Pas plus que dans les Mémoires Berlioz ne parle ici du bref discours qu’il fit à cette occasion, et dont on possède le texte dans deux brouillons autographes.



Ce discours mérite d’être cité intégralement:


« Monsieur,

Nous avons été très heureux, mes confrères et moi, de nous rendre à l’invitation de la ville de Strasbourg, et nous regrettons de n’avoir pu faire davantage pour la seconder dans sa belle entreprise. Vous l’avez dit, monsieur, sous l’influence de la musique l’âme s’élève et les idées s’agrandissent, la civilisation progresse, les haines nationales s’effacent. Voyez aujourd’hui la France et l’Allemagne se mêler! L’amour de l’art les a réunies et ce noble amour fera pour leur union complète bien plus que ce pont merveilleux du Rhin et toutes les autres voies de communication rapides établies entre les deux pays.

Le grand poète a dit: « L’homme qui n’a point en lui de musique est un homme dangereux, il n’est propre qu’aux ruses, aux embûches, aux trahisons. Méfiez-vous de lui! » Sans doute Shakespeare a usé là de la liberté d’exagération accordée aux poètes. Mais l’observation prouve néanmoins que si sa proposition est outrée pour les individus, elle l’est beaucoup moins pour les peuples, et l’on doit aujourd’hui reconnaître que là ou la musique finit la barbarie commence.

À la ville très civilisée de Strasbourg, aux villes très civilisées de France et d’Allemagne qui avec tant d’enthousiasme viennent de se joindre à elle pour réaliser le projet de son magnifique festival ! »

*

Retrouvez l'intégralité de l'article consacré à cet événement dans la version en ligne "Alsace, terre de musique et de musiciens - vol. 1" à l'adresse : http://www.fsma.com/publication.html


mercredi 21 janvier 2015

1863, Berlioz à Strasbourg (2)

Le concert de 1863 :


Berlioz quitte Paris pour Strasbourg à 20h00 le lundi 15 juin. Bien qu'il ne le précise pas il voyage certainement par le train au départ de la gare de l'Est, et arrive le lendemain matin à Strasbourg. Il loge chez le musicien Jean Becker au 103 Grand Rue. Une fois arrivé, il s'occupe des répétitions, d'abord les chœurs les 17 et 18 juin, puis de la répétition générale le 20. Le 20 au soir il est invité à une réception à Kehl, sur la rive gauche du Rhin. Le 21 a lieu la réunion des sociétés chorales (106 en tout) 2000 chanteurs occupent l'estrade et le soir le Préfet offre un banquet. Le jour du concert, lundi 22 juin, on assiste le matin au concours des sociétés chorales, Berlioz en est le président du jury.

Le concert de l'après-midi est en deux parties. La première comprend la 7ème symphonie de Beethoven, la cantate Les voix de la lyre, par Schwab, l'ouverture d'Euryanthe de Weber, et des extraits de L'océan, oratorio de Elbel. Berlioz ne participe pas à cette première partie, dont il ne parle d'ailleurs nulle part dans sa correspondance.
La deuxième partie est consacrée à l'Enfance du christ sous sa direction. La chœur comprend 460 chanteurs et l'orchestre pas moins de 90 exécutants.




Aucune lettre de Berlioz datant de son séjour strasbourgeois ne survit, mais plusieurs lettres d’après son retour à Paris donnent plus de détails. Le 27 juin il écrit à Humbert Ferrand :


« J’arrive de Strasbourg moulu, ému… L’Enfance du Christ exécutée devant un vrai peuple a produit un effet immense. La salle, construite ad hoc sur la place Kléber, contenait huit mille cinq cents personnes, et néanmoins on entendait de partout. On a pleuré, on a acclamé, interrompu involontairement plusieurs morceaux. Vous ne sauriez vous imaginer l’impression produite par le chœur mystique de la fin: « O mon âme! ». C’était bien là l’extase religieuse que j’avais rêvée et ressentie en écrivant. Un chœur sans accompagnement de deux cents hommes et de deux cent-cinquante jeunes femmes, exercés pendant trois mois. On n’a pas baissé d’un demi-quart de ton. On ne connaît pas ces choses-là à Paris. Au dernier amen, à ce pianissimo qui semble se perdre dans un lointain mystérieux, une acclamation a éclaté à nulle autre comparable, seize mille mains applaudissaient. Puis une pluie de fleurs… et des manifestations de toute espèce. Je vous cherchais de l’œil dans cette foule. »

Retrouvez l'intégralité de l'article consacré à cet événement dans la version en ligne "Alsace, terre de musique et de musiciens - vol. 1" à l'adresse : http://www.fsma.com/publication.html





 


mercredi 7 janvier 2015

1863, Berlioz à Strasbourg (1)



Les 20, 21 et 22 juin 1863, fut organisée à Strasbourg la « septième réunion des sociétés chorales d’Alsace », évènement gigantesque qui a rassemblé des milliers de choristes et des centaines d’instrumentistes. 


Événement tel que l'on a construit, place Kléber, une salle en bois capable d’accueillir plusieurs milliers de personnes. Des polémiques sur cette folie dépensière coururent bon train, et il fallut trouver un président de jury à la hauteur de l'ambition. A l'époque, un nom s'est de suite imposé, celui d'Hector Berlioz.

La salle construite place Kléber à l'occasion de cet événement



La salle avait une façade imposante en trompe l’œil, surmontée d’une statue de Sainte Cécile, et pouvait contenir pas moins de 8000 auditeurs. Elle fut démantelée après le concert.


Les dimensions de la salle et les effectifs exceptionnels déployés pour une œuvre de caractère intime avaient inquiété Berlioz. Dans une lettre à Schwab du 28 mai, après avoir recommandé que le chœur « Que de leurs pieds meurtris » dans la 3ème partie soit chanté piano, il ajoute: « Au reste nous avons bien de la bonté de chercher de telles nuances ; d’après ce que vous me dites et ce que m’a dit Méry de l’immensité de la salle, il est clair que tout effet sera perdu et qu’on n’entendra à peu près rien. Autant valait faire de la musique sur une place publique ». Mais pour finir les craintes de Berlioz s’avèrent sans fondement, comme il le reconnaît l’année suivante dans la Postface des Mémoires :

« On avait construit une salle immense contenant six mille personnes8. Il y avait cinq cents exécutants. Cet oratoire, écrit dans un style presque toujours tendre et doux, semblait devoir être peu entendu dans ce vaste local. À ma grande surprise, il y produisit une émotion profonde, telle était l’attention de l’auditoire, et le chœur mystique sans accompagnement de la fin « O mon âme » provoqua même beaucoup de larmes. Oh! Je suis heureux quand je vois mes auditeurs pleurer !... Ce chœur est fort loin de produire autant d’effet à Paris, où il est d’ailleurs toujours mal exécuté. »
 



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jeudi 18 décembre 2014

Nos travaux de recherches primés !

La FSMA est heureuse et fière d'annoncer que son plan de recherches a été récompensé par la fondation d'entreprise Aquatique Show International, qui encourage chaque année des personnalités, associations ou entreprises, qui, par leurs projets, initiatives ou actions, ont contribué à valoriser et marquer la région Alsace ! 

Merci encore à tous ceux qui nous soutiennent dans ce beau projet !


jeudi 11 décembre 2014

"Alsace, terre de musique et de musiciens" Volume 1

Premiers regards sur deux siècles de pratique en amateur.

La FSMA a mis en ligne la première publication consacrée à ses travaux de recherches historiques.

Téléchargez-là gratuitement sur le site de la FSMA !
www.fsma.com, rubrique "Actions culturelles / Patrimoine / Publication"

SOMMAIRE :

  • Exploration musicale en terre alsacienne
  • L'OLCA aux cotés de la FSMA : au service du patrimoine régional
  • Préambule : Alsace, terre de musique et de musiciens
  • Conférences :
    • Alsace, terre des harmonies
    • Alsace, terre du chant choral
    • Alsace, terre de compositeurs
  • Histoires de compositeurs
    • Adolphe-Valentin Sellenick
    • Joseph Graff
  • Histoires de sociétés musicales
    • "La Liberté", société musicale de Schiltigheim
    • "L'Orphéon municipal", société de musique de Mulhouse
  • Musique et territoires
    • Les harmonies du val Saint-Grégoire, de Munster à Wihr-au-Val
    • Geubwiller, un exemple de mécénat industriel
  • Evénement historique : 1863, Berlioz à Strasbourg
  • Anecdote historique : Frédéric Sali, mémoires d'un juré de concours
  • Remerciements